Thérolinguistique: l'image-mot

Bonne soirée hier au Paris-Carnet. Plein de gens extraordinaires et j'ai même réussi à fermer un peu ma grande gueule (mais pas assez diront certains). Il y a eu une discussion sur la linguistique qui me permet de poser une hypothèse sur le langage des grands mammifères marins.

La thérolinguistique, c'est l'étude des langues des animaux dits sauvages. Le problème, c'est que les humains se servent d'un outil culturel intermédiaire entre les interlocuteurs. La langue n'appartient ni à celui qui parle ni à celui qui écoute mais au groupe culturel à qui appartient les interlocuteurs.

Les oiseaux ont des constructions culturelles relativement simples probablement parce que comme les humains, ils répètent toujours les même trucs. - j'ai faim -regarde mes belles plumes - chez moi - je veux faire l'amour c'est petites phrases occupent plus des deux tiers du discours de l'oiseau ordinaire ( et probablement de votre voisin). 

Pour les grands mammifères marins, c'est très différent. Le cas des mégaptères est particulier. Les mâles font de très longs poèmes (jusqu'à trois heures) qui sont des créations extrêmement complexes qui s'étalent sur plus (mais vraiment plus) de 200 000 hertz. je pose l'hypothèse qu'il s'agit de tableaux. Ces longs discours créent dans la tête des auditeurs un paysage complexe, un espace idéalisé,  le paradis marin où nous vivrons d'amours et d'eaux salées ( et accessoirement de beaucoup de crevettes).

Il y a aussi les dauphins à flancs blancs qui ont des groupes habituels de l'ordre de 25 individus et qui font parfois des groupes de groupes jusqu'à 2500 individus. La coordination de tels ensembles est un véritable défi. Lancé à 30km un seul individu d'une tonne qui déciderait de ne pas suivre le groupe pourrait causer de très graves accidents.

Tous ces dauphins chantent mais il y a une organisation dans le chant. Ils se servent d'écholocation oui, mais ils entendent non seulement leurs propres voix mais au moins aussi celles ce deux qui les entourent. Je pose l'hypothèse qu'ensembles, ils créent une image complexe des groupes en mouvement qui sert de guide à chacun. 

Cette hypothèse me permet de poser que l'image crée n'est pas simplement une recréation de l'espace mais aussi une négociation permanente sur ce que doit être les objectifs du groupe. Il y a donc une perspective symbolique qui permet une organisation politique (démocratique ?) où se fait la conciliation des intérêts et des désirs des sous-groupes. 

Il reste beaucoup à réfléchir sur le sujet, mais que d'intéressantes portes à pousser sur la Beauté du Monde.

zut je suis en retard, je corrige plus tard.

Commentaires

1. Le jeudi, 4 juin 2009, 13:47 par la Mère Castor

si j'ai bien tout compris, mais l'ai-je ? les dauphins font un genre de politique enchantée.
Je vois que ça va bien, tant mieux.

2. Le jeudi, 4 juin 2009, 14:28 par Tili

J'aime bien ces interprétations, j'y souscrit :-)

3. Le vendredi, 5 juin 2009, 07:41 par Moukmouk

Tili--) Il faut casser le mythe qui veut que seul un humain est capable de symbolisme. Les humains en sont capables parce qu'ils sont des animaux sociaux comme tous les animaux sociaux. Par contre ça c'est pas gagné comme débat.

mère Castor--) on devrait obliger nos politiciens à chanter plutot que dire les discours. il me semble qu'ils devrait faire un peu plus attention à ne pas dire de stupidités

4. Le vendredi, 5 juin 2009, 09:57 par Dame Béa

Crois tu, chère Mère Castor, que si nos politiciens chantaient, ils ne chanteraient pas de stupidités ?

Cher Moukmouk, j'adore tes idées sur le langage de ces merveilleux animaux marins.

5. Le dimanche, 13 septembre 2009, 19:45 par Pierre

(Je dédouble la réponse que j'ai postée sur mon blog :)

Tout à fait d’accord, Moukmouk. D’ailleurs, je l’avais précisé dans ma première mouture de l’article. Sur le fait que cette victoire est quand même à nuancer, j’avais ajouté : « Autre dommage collatéral : les groupes desquels sont issus ces dauphins sauvages et qui se voient amputés d’un ou de plusieurs des leurs. Les dauphins sont en effet des animaux hyper-sociaux et ce genre d’événements peut totalement bouleverser la vie d’un groupe. »

Merci pour le lien (et aucun problème pour la « pub », au contraire). L’idée que tu développes me semble très intéressante. Si je l’ai bien comprise, elle me fait un peu penser à ce que Karl Popper dit sur les groupes de moucherons (l’essaim émerge du fait que tous les insectes suivent deux ou trois règles simples, du style : il faut une marge par rapport aux voisins, mais il ne faut pas s’éloigner trop des voisins). Sauf que là, ce serait une création consciente et complexe (et émergente également), comme tu le dis pour « créer une image du groupe en mouvement ». Ça remet en cause l’hypothèse communément admise qu’il existe dans les grands groupes UN dauphin pilote. C’est sérieusement une idée à creuser ! Elle permettrait d’expliquer à la fois plus simplement et avec plus de richesse pourquoi des bans entiers s’échouent en cas de perturbation magnétique par exemple. Est-ce que tu en as discuté avec les scientifiques que tu côtoies ?

6. Le dimanche, 13 septembre 2009, 19:53 par Moukmouk

Fiou ! trop important et complexe pour répondre rapidement en commentaire... je vais prendre le temps d'écrire ce que je comprends des échouages que je ne crois pas être principalement dû à des problèmes magnétiques.

7. Le lundi, 14 septembre 2009, 21:00 par Pierre

Les problèmes magnétiques ne sont qu'un exemple, mais j'ai hâte de lire ton post là-dessus ! S'il te plaît viens aussi l'indiquer en lien dans un commentaire quand ce sera fait :-) !